Le roi fou

Le Roi fou , sorte d'Ubu mélancolique, roi du Hummertanz, Belgique d'opérette transportée en pays allemand, est un petit chef-d'oeuvre d'ironie fin de siècle. Sous l'humour mordant de certaines saynètes perce la critique sociale et politique à l'encontre de la collusion des gouvernants et des financiers pour mettre en coupe réglée les pauvres et les colonies.
« Des fous se plaignaient de ne pas trouver de travail, en Hummertanz ! quelle folie, des individus qui voulaient tout ! si on les eût écoutés, c'était la ruine du commerce et de l'industrie... les écouter, non, les écourter !... D'ailleurs, la force armée est là et... »
Gustave Kahn (1859-1936) est, avec Jean Moréas et Paul Adam, l'un des fondateurs du symbolisme. C'est sa contribution poétique à ce mouvement littéraire de la fin du XIX<sup>e</sup> siècle qui fut la plus remarquée, en particulier sa théorie du vers libre. Mais son rôle de critique et de rédacteur en chef dans certaines petites revues de l'époque ( La Vogue, La Revue Blanche , etc.) a été, lui aussi, de premier plan.
Lorsqu'il écrit Le Roi fou , Gustave Kahn réside en Belgique où il dirige la revue La Société nouvelle , revue anarchiste qui publiera des textes d'Élisée Reclus, Pierre Kropotkine, Michel Bakounine, etc. Ses sympathies politiques mais aussi ses goûts esthétiques - il sera dès le début des années 1900 critique d'art au Mercure de France - en firent un ami de Félix Fénéon, l'un des premiers critiques a avoir défendu les impressionnistes et les pointillistes.