Le cabri mort n'a pas peur du couteau

On a peu écrit sur le climat qui prévalait à l'aube des indépendances en Afrique. C'était pourtant une époque très importante dans l'histoire de nombreux pays. Souvent la naissance d'une nation ou sa renaissance selon le cas...Dans un pessimisme savamment distillé, seuls quelques ethnologues de tous poils et des économistes autoproclamés ont longuement disserté dans le vide pour décrire des situations qu'ils ne connaissaient pas réellement, faute de vivre quotidiennement avec les gens des pays qu'ils critiquaient vaillamment depuis l'Hexagone.
En observateur attentif et humble, avec beaucoup de détails authentiques, Alain Batlo raconte une histoire plus que vraisemblable qui se déroule entre 1955 et 1965 en Afrique de l'ouest. De Dakar à Abidjan en passant par Bamako, il promène le lecteur dans le Sahel de l'époque.
L'auteur n'est pas un personnage de son roman, mais il semble en connaître intimement tous les acteurs parce qu'il a partagé leur vie. De manière rythmée, comme s'il portait une caméra en bandoulière, il nous fait pénétrer dans le monde bien réel des mineurs clandestins qui creusent pour chercher du diamant dans la savane sahélienne traversée par des orages politiques et, sous forme d'images couleur sépia, il nous fait découvrir la société africaine de l'époque.
Plus qu'un roman, ce livre traduit l'engagement de l'écrivain. Il y rappelle l'existence de civilisations africaines et prône résolument un échange interculturel aboutissant à la connaissance de l'autre.
Bon voyage.