La Thiérache, Aisne : sur une frontière de la France

Se jouant des limites, puisqu'elle était frontière de la France au XVII<sup>e</sup> siècle et qu'elle déborde
aujourd'hui sur les départements du Nord et des Ardennes, la Thiérache est, dans l'Aisne,
un terroir ouvert à l'identité forte.
Vallons, haies, forêts, villages à l'habitat dispersé, mosaïque où règnent le vert des prés,
le bleu de l'ardoise, le rouge orangé de la brique, l'ocre jaune du torchis et le brun du bois,
s'imposent à l'évidence comme un seul et même «pays».
Agricole et discrète, la Thiérache fut, dans l'ancien diocèse de Laon, terre de mission et de défrichement
pour les grandes abbayes qui s'y implantèrent au Moyen Âge, puis terre d'accueil
précoce du protestantisme. Sans cesse parcourue par les armées d'invasion, cette région,
sans autre défense naturelle que ses forêts, vit ses bourgs se ceinturer de murailles, et ses églises
se hérisser de fortifications aux XVI<sup>e</sup> et XVII<sup>e</sup> siècles, en particulier pendant la guerre de Trente Ans
qui marqua mémoires et paysages.
Dans ce terroir dépourvu de grands centres urbains, les petites cités d'Aubenton, Guise, Hirson,
La Capelle, Le Nouvion-en-Thiérache, Montcornet, Rozoy-sur-Serre, Vervins ont connu
une histoire politique mouvementée, souvent encore lisible dans leur architecture.
L'expérience industrielle et sociale sans équivalent en France, réussie par Jean-Baptiste Godin
au Familistère de Guise, tranche sur les activités artisanales implantées en Thiérache (meunerie,
verrerie, forge, tissage, vannerie, saboterie...), reflets durables d'une économie et d'un monde
rural qui s'effaceraient sans bruit, si plusieurs petits musées ne s'efforçaient de transmettre
le souvenir de modes de vie disparus et d'hommes emblématiques (M<sup>gr</sup> Pigneau de Béhaine,
Godin, Mermoz...).
Malgré toutes les épreuves, la Thiérache a conservé, dans ses édifices cultuels, un riche patrimoine
religieux : des fonts baptismaux médiévaux en «pierre bleue», des peintures dont
les plus connues restent celles de Jouvenet, un vaste corpus de vitraux des XIX<sup>e</sup> et XX<sup>e</sup> siècles,
de superbes autels et décors de choeur, et près d'un tiers des orgues de l'Aisne dont la renommée
a largement franchi les frontières du département.