Economie politique (L'), n° 59. L'Afrique est-elle bien partie ?

Les procédures d'arbitrage n'ont pas bonne presse en ce moment... Selon
le dernier World Investment Report de la Conférence des Nations unies sur
le commerce et le développement (Cnuced), les multinationales y ont de
plus en plus recours contre les Etats, selon des procédures présentant, là
aussi, de graves déficiences.
En 2012 les multinationales ont porté 58 cas de disputes contre les Etats
en matière d'investissement, le niveau le plus élevé en une seule année.
A la fin 2012, le nombre total de cas connus était de 514, dont 244 ont
été conclus. Dans près de 60 % des cas, les multinationales en sont
ressorties gagnantes.
Le rapport met en évidence les «déficiences systémiques» de ces
procédures d'arbitrage. Les tribunaux d'arbitrage sont généralement
constitués de trois juges, choisis de manière ad hoc et dont la légitimité
à juger des lois nationales est plutôt faible. Les procédures sont très
confidentielles (on ne connaît pas précisément le nombre de cas) et
donc très opaques. Certaines entreprises créent une filiale dans un pays
simplement pour profiter d'un traité d'investissement avec un autre pays
qui offre une procédure d'arbitrage leur permettant d'attaquer ce dernier.
Les différents panels d'arbitrage n'interprètent pas les mêmes lois de
la même façon, facteur de gabegie jurisprudentielle internationale. Il
n'existe pas de procédure d'appel. L'indépendance et l'impartialité des
juges est loin d'être établie.
La liste est longue et sévère. Le rapport propose quelques évolutions,
comme la création d'une procédure d'appel et un tribunal international
de l'investissement. Mais l'existence d'un Organe de règlement des
différends en matière commerciale n'a pas empêché la multiplication
des procédures d'arbitrage particulières lors de la signature d'accords
bilatéraux de commerce, dans des conditions tout aussi opaques. Il serait
temps que le G20 mette bon ordre à cet éclatement du droit international
des affaires, devenu une zone de non-gouvernance mondiale. Ch. Ch.