Les Noirs à Cuba au début du XXe siècle : 1898-1933 : marginalisation et lutte pour l'égalité

Depuis plusieurs décennies, la recherche montre le rôle éminent
joué par les populations issues du continent africain dans l'histoire
«post-colombienne» de la Caraïbe. Ces travaux manifestent l'existence
d'une véritable «voie noire» dans le processus de recomposition
politique, économique, social et surtout culturel amorcé dans cet
espace après l'extermination de ses premiers occupants. Ainsi, toute
démarche visant à appréhender l'Histoire de la Caraïbe dans sa globalité,
ne peut plus, raisonnablement, contourner cette voie noire.
A Cuba, de l'indépendance (1898) à la révolution politique et
sociale de 1933, durant laquelle la conscience nationale fraîchement
édifiée doit composer avec l'impérialisme naissant des Etats-Unis, le
sort des Noirs et le rôle qu'ils doivent jouer au sein de la société sont
encore âprement débattus au point qu'en Ecue-Yamba-O , la première
oeuvre du plus grand romancier cubain du XX<sup>e</sup> siècle, Alejo Carpentier,
distille des images du monde afro-cubain de l'époque, toujours
largement circonscrit à la plantation.
L'évaluation et l'évolution de la condition des Noirs à Cuba au
début du XX<sup>e</sup> siècle constituent le thème central de cet ouvrage.
Cette problématique s'inscrit dans le cadre plus ample du type de
rapports sociaux mis en place dans la Caraïbe au lendemain des abolitions
de l'esclavage : le problème de l'intégration des anciens esclaves
et donc celui de l'égalité entre les hommes sont alors posés à toutes les
sociétés caribéennes dans les décennies qui suivent les abolitions.