L'èthos aristotélicien : genèse d'une notion rhétorique

L' èthos (caractère) apparaît dans la Rhétorique d'Aristote comme une
notion hétéroclite. Désignant l'un des trois moyens de persuasion
techniques (avec l'argumentation et les passions), il renvoie à
l'image persuasive, vertueuse, que l'orateur doit construire dans
son discours pour emporter l'adhésion de ses auditeurs ; étudié
dans le «traité des caractères» selon les âges et les conditions de
fortune ( Rhét. II, 12-17), c'est un outil d'analyse psychologique
fondé sur le vraisemblable qu'on peut employer pour adapter son
discours aux attentes d'un auditoire.
Devant les diverses tentatives des Antiquisants pour envisager l' èthos comme un
concept univoque, cette étude part d'un double constat : la particularité
sémantique du mot grec, qui procède à un découpage du réel ne coïncidant avec
celui d'aucune autre langue, et la spécificité de la pensée aristotélicienne dont
l'unité n'est pas celle d'un système. Cette étude se divise en trois moments. Une
analyse linguistique et sémantique du mot éthos dans la littérature antérieure à
Aristote se propose de cerner la singularité des emplois de ce terme dans la langue
grecque et de réinscrire ses usages dans un contexte historique, politique,
littéraire et anthropologique particulier. La «matrice» des significations d' èthos
ainsi dégagée, on voit comment Aristote a recueilli cet héritage et donné à ce
terme - en particulier dans les Éthiques - une précision et une spécialisation
extrêmes. La dernière section consacrée à la Rhétorique étudie la façon dont
Aristote a réinterprété la notion d' èthos telle qu'elle était définie et utilisée dans les
autres traités pour l'adapter à la perspective propre de la rhétorique. On montre
aussi comment le philosophe a exploité les données de la rhétorique empiricosophistique
traditionnelle en les pliant à ses propres principes d'organisation et
d'analyse.