Jouir de Dieu en Dieu

À un âge déjà mûr, vers quarante ans environ, Angèle
de Foligno (1248-1309) connaît une conversion qui la
détache des créatures. Elle entreprend alors «le long
chemin qui l'a conduite du point de départ, "la grande
crainte de l'enfer", jusqu'au but ultime, l'union totale
avec la Trinité» (Benoît XVI). Ayant perdu ses proches,
elle se défait de ses biens matériels pour embrasser
une pauvreté radicale, à l'imitation de saint François
d'Assise. En même temps, elle expérimente, au fil
d'étapes qu'elle qualifie de «pas», un cheminement
ponctué de révélations intenses et fulgurantes qui lui
font découvrir une autre dimension de la pauvreté : la
dépossession d'elle-même dans le dépouillement de ses
facultés intellectuelles et de ses goûts spirituels, qui
l'élève à la contemplation sans image de l'essence divine.
De pas en pas, nous suivons le cheminement d'Angèle
qui, à la faveur d'étapes de plus en plus marquées par
la folie de la Croix, la conduit au-delà de l'extase de
douleur et d'amour, à l'anéantissement dans la jouissance
paisible de Dieu. Tel est le récit de son expérience
intérieure, un des sommets de la littérature mystique.