Mémoires pour une poésie historique. Vol. 1. La perte du temps

La mort de l'art est demeurée sans dépassement, et, si une force actuelle doit s'en satisfaire, c'est bien le monde étatique-marchand, qui en amalgame les bribes et les vestiges par-devant l'oubli de sa conséquence et de son enjeu vivants. Sur le plan de l'histoire, des concepts approfondis durant des siècles - portant sur la connaissance subjective, sur la relation du faire humain à la «matière», ou sur le devenir dialectique des formes sociales - sont jetés non moins péremptoirement aux oubliettes. Alors le désemparement du présent devant le somnambulisme totalitaire de l'activité, du loisir et du rêve également automatisés s'effroie de ne plus savoir que tenter, dans l'incapacité grégaire de ressentir ou de créer sur le mode du partage et de l'efficience. Nous ne transformons pas le monde et son altération échappe à toute maîtrise collective.
La poésie historique, ce serait l'expérience argumentée et sensible de l'épanouissement dans le temps de la terre sans nostalgie et sans exclusive et où la détresse de devoir se dire inconsolément saurait avec pertinence modifier les conditions offertes aux sujets poursuivant cette vie elle-même devenue doute. Aussi bien une critique à l'œuvre sans plus finir de barrières entre des genres, des méthodes, des espaces de l'existence entière ; englobant les legs de la théorique avec la précision de l'empreinte biographique (un quart de siècle...) et l'ouverture du mouvement. Cette histoire n'est pas une science, elle est notre histoire.
Les présents Mémoires évoquent également des propositions que j'ai livrées dans l'Automne de la féodalité, publié en 1997, et relient cette recherche à ce qui la contient et l'a produite. Qui suis-je pour avoir parlé de ceci ? Croyant répondre à cette question, on allusionne, on récupère - sans jamais rien en dire. S'il s'agit d'abusement, qu'en reprend-on quoi que ce soit ? S'il faut s'en inspirer, dans quel sens ? (J.-L. P.)