La France perd la mémoire. Bonjour, Monsieur Renan. Bonjour, Pénélope

Oui, c'est grave : la France perd la mémoire comme
on perd la boule, la main ou le nord. Hier, nous célébrions
la Nation et la République, l'histoire de France,
l'intérêt général et même, parfois, le sens commun.
Aujourd'hui, nous valorisons les mémoires particulières
et le «devoir» de mémoire tout en mettant le passé en
accusation au tribunal.
Dès lors, le moteur de la mémoire collective s'est
grippé : «présentisme» et déni des promesses d'un à
venir, combinés avec une perte du sens de l'origine et de
la destination, conduisent à un délitement en cours du
mémorable comme du mémoriel.
Plus grave encore, le brouillage mondialisé de notre
espace-temps met en cause le «plébiscite de chaque
jour» qui a fait notre être national, comme l'affirmait
Renan. Et faute d'apprendre à lire le passé de manière
critique et renouvelée, nous n'avons pas encore réinventé
l'art et la manière d'imiter Pénélope, pour renouer le
fil du temps et retisser l'étoffe dont on fait un pays.