Place de la Brèche

Maud naît dans les années 40, au sein d'une famille de Français d'Algérie. Épaulée par un père
instituteur, qui la chérit et qu'elle admire, elle découvre toujours plus précisément les réalités
qui l'entourent. Cette place célèbre de Constantine est le théâtre des grands bouleversements
de sa jeunesse et de sa vie de femme.
Des années plus tard, elle revient sur son passé pour s'expliquer le mal-être qui la poursuit.
Maryse Bornet est née et a vécu un temps à
Constantine. Après une carrière de professeur de
mathématiques au lycée Thiers, à Marseille, elle
entreprend d'écrire. Ce livre est son second roman.
Sinon elle, du moins nombre de membres de sa
famille ont été de ces Français d'un autre continent,
pris au piège des événements dont sortirait
l'indépendance de l'Algérie, et qu'on désigne sous
l'appellation de «pieds-noirs». À lui seul ce terme
les enferme dans une caricature et pérennise à leur
égard incompréhension et mépris. L'auteur, avec ce
livre, a la prétention d'en renvoyer une image plus
raisonnable.
S'il ne faut pas voir dans ce texte une
autobiographie, mais bien une oeuvre de fiction,
certaines situations servant d'arrière-plan ont
réellement été vécues.
Extrait
Longtemps elle s'était refusé de savoir quels souvenirs précis sa mémoire avait engrangés des heures
terribles qui avaient suivi. Très vite elle avait comprimé tout au fond d'elle les protestations qui la
secouaient et s'efforçait depuis de tenir au secret une colère brouillonne qui à être comprise aurait
accru sa souffrance.
Après en avoir tant repoussé le moment il lui fallait maintenant l'analyser.
Et comment, d'abord, accepter l'horreur de cette mort ? Gratuite et abjecte. Yolande avait payé de
sa vie d'être restée pareille à elle-même, avide de s'emparer de la moindre occasion d'être heureuse,
obstinée à ne se connaître aucune contrainte.
Sept années de ce récit s'inscrivent dans la grille des événements que l'on sait, dont on hésite à se
souvenir tant ils suscitent d'horreur. L'auteur qui devait les évoquer l'a fait aussi succinctement que
possible. Ses références historiques sont exemptes de partialité.
Une grande précision se retrouve dans la description des sentiments. Les blessures des personnages
de ce roman sont profondes. Comme après un séjour dans notre mémoire ou dans un lieu inconnu,
l'écriture intense de ce livre vous trouble encore une fois terminé.
Alexandra de Saint-Prix