Otrante, n° 13. Fantastique et bande dessinée

Qu'on lui choisisse comme date et lieu de naissance la Suisse des années 1830,
avec les récits et images de Töpffer, ou l'Amérique de la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, avec les
suppléments dominicaux en couleur de la presse quotidienne, la bande dessinée
semble avoir toujours été propice à la création de récits et de séries fantastiques. On
voit du reste assez pourquoi : ces nouveaux récits étaient en rupture avec les formes
de la littérature réaliste et permettaient de créer, en quantités vertigineuses, des
visions de lieux imaginaires.
Des mondes oniriques de «Little Nemo» aux myriades d'animaux anthropomorphes
s'exprimant par bulles, des «réalismes» décalés qu'illustrent les plus
grandes séries du canon franco-belge aux ruptures esthétiques qu'inaugurent les
jeune Turcs de l'Association ou de Fréon, la bande dessinée depuis ses débuts
semble susceptible de décliner à l'infini ses possibilités d'expressivité fantastique.
Ce numéro d'Otrante veut avant tout rendre compte de cette diversité du
fantastique dessiné. Le choix des sujets en témoigne : Batman et Donald Duck,
mais aussi Jacobs et Schuiten, Andréas et Comès, Trondheim et les frêres Deprez.
Analysant récits, planches, cases et phylactères, les auteurs ici rassemblés proposent
un éventail de regards sur des bandes dessinées «fantastiques» et sur la
démarche créative des auteurs de bande dessinée lorsqu'ils «font» du fantastique,
délibérément... ou à leur corps défendant !