Le duel Bugatti-Voisin

Deux génies s'affrontent
Il est peu d'hommes dans l'histoire d'une technique, d'une industrie ou
d'un sport qui soient sortis du cadre de leur spécialité pour entrer dans
l'Histoire tout court. Ces hommes hors du commun, ces personnalités
extraordinaires, le monde de l'automobile en a connu une poignée. Ettore
Bugatti et Gabriel Voisin sont de ceux-là : deux personnages dissemblables
et qui se ressemblent, contradictoires mais habités d'une même
passion.
Bugatti
Ettore Bugatti est issu d'une famille d'artistes (15 septembre 1880-21 août
1947). Un souci quasi-maniaque de la beauté présidera à la création de
toutes ses automobiles. Jusqu'aux confins du paradoxe. Certes ce "tank"
de 1923 n'est pas beau au regard froid de la critique mais il en émane une
sorte de beauté mathématique issue d'une logique occulte et implacable.
Voisin
Anticonformiste, tempétueux, solitaire, Gabriel Voisin (5 février 1880-25
décembre 1973) n'accepte aucun compromis, aucune compromission.
En 1922 il vient à la compétition automobile et il gagne le grand prix de tourisme
à Strasbourg.
Et quand tout le monde s'attend à le voir récidiver en 1923, Gabriel Voisin
décide de s'attaquer à la discipline suprême : le Grand Prix de vitesse avec
le souci permanent et inconscient de surprendre.
En six mois, il crée une voiture inédite avec l'aide d'André Lefèvre qui sera
plus tard l'un des cerveaux de la traction avant Citroën...
1923
Leur rencontre au Grand Prix de l'A.C.F. donne à cette saison sportive
une dimension technique et humaine qui va presque éclipser la fantastique
concentration de travail et de création fournie par les autres constructeurs.
Pour la première fois, la lumière est faite sur cette course charnière de
l'Histoire de l'Automobile qui, des mois durant, mobilisa la Touraine toute
entière.
Serge Bellu