MEI Médiation et information, n° 27. Habiter, communiquer

On assiste aujourd'hui à un regain d'intérêt pour l'habitation. Il
s'inscrit dans un mouvement plus large de réévaluation de l'espace
par rapport au temps qui, dans la critique comme dans la
théorie, avait exercé jusqu'alors une suprématie sans partage. En
prenant la maison pour objet, c'est une dimension fondamentale
de notre relation à l'espace et au monde que nous nous proposons
d'explorer.
«We can't go home again» , déclarait Nicholas Ray dans les années
1970. Force est de constater que nous sommes allés un peu vite
en besogne. Alors que l'urbain généralisé s'étend inexorablement
dans le monde, la maison résiste, occupée de souvenirs que la
civilisation urbaine, paradoxalement, semble réactiver. Car l'une
des vertus de la maison, motif travaillé par de multiples tensions,
est de renvoyer sans cesse à des questions que nous avions crues
résolues.
Qu'est-ce que le «chez soi» dans le monde de la communication
? Assistons-nous à l'émergence de formes de domestication
sans domus ? Les orientations possibles d'une anthropologie de
la maison sont nombreuses et ne peuvent être épuisées par une
douzaine d'articles. Sans ambition excessive, chacun avec ses
"lunettes", les participants à ce numéro de MEI espèrent néanmoins
avoir réussi à faire entrevoir quelques-uns des nouveaux
enjeux liés à la notion d'«habiter» dans un monde marqué par
d'incessantes mobilités.
À ce jour, il n'a jamais été autant produit d'images que dans notre
société ; jamais non plus il n'a été autant construit, ni aussi vite
qu'à notre époque, conflictuelle, hétérogène. Côte à côte, deux
entretiens du cinéaste Abbas Kiarostami et de l'architecte Paul
Gaudin montrent de manière particulièrement éclairante que
dans le thème commun de la mobilité, du cheminement, l'espace
du cinéma et celui de l'architecture peuvent se rejoindre.