Le protestantisme évangélique, un christianisme de conversion : entre ruptures et filiations : actes du colloque international

«Tu peux naître de nouveau». Cette profession de foi chantée résonne dans
des milliers de temples et assemblées évangéliques, du Brésil à la Russie,
des États-Unis à la Corée du Sud. Inspirée d'un passage biblique de l'Évangile
de Jean, elle synthétise une culture protestante spécifique, centralisée sur la
conversion, le biblicisme, le choix personnel, l'engagement dans des groupements
volontaires caractérisés par un ethos intramondain. À l'heure où la religion
privilégie les modes du pèlerin et du converti, les quelque 200 millions
de protestants évangéliques - au moins le double si l'on intègre la nébuleuse
pentecôtiste/charismatique - attirent l'attention. Mais on les connaît mal.
Seule une approche collective, croisée, internationale peut tenter d'apporter
l'éclairage attendu. Tel est l'objet de ce volume. Il est le fruit d'un colloque
international organisé du 14 au 16 mars 2002 par le Groupe de Sociologie des
Religions et de la Laïcité, en partenariat avec le Centre National de la
Recherche Scientifique et la Section des sciences religieuses de l'École
Pratique des Hautes Études (Sorbonne).
L'enjeu de la conversion en milieu protestant évangélique, entre «ruptures et
filiations», a fourni la problématique centrale. Par définition, la conversion
introduit une certaine rupture. La validation du croire passerait beaucoup
moins par «la lignée croyante» (Danièle Hervieu-Léger) que par «l'inscription
dans un milieu croyant» (Jean-Paul Willaime), au prix d'un arrachement
aux identités traditionnelles. Mais cette euphémisation de l'héritage n'élimine
pas la question des continuités. Les ruptures augurées, en principe, par la conversion,
semblent bien s'accompagner de diverses filiations combinées avec
de nouveaux types de liens - transnationaux, associatifs et militants -, qui
interrogent les sociétés sécularisées.
Autour de cette problématique, trois orientations ont été privilégiées : le souci
d'un état de la question, d'où l'imposante bibliographie de 955 titres centralisée
en fin de volume, la priorité donnée à l'axe transatlantique, et une
approche du phénomène évangélique dans toute sa diversité (des mennonites
à l'Église Universelle du Royaume de Dieu). Sur cette base, les quatre
chapitres renvoient aux thématiques principales du colloque : à une mise en
perspective historique (1) succède l'analyse des dynamiques transnationales
(2), de l'enjeu social de la conversion (3) et du rapport ambigu de ce protestantisme
à la sécularisation (4).