Alice a des ennuis...

Comment expliquer à Marie, comment raconter à cette inconnue
qu'une nuit une adulte s'était penchée sur votre lit d'enfant pour
vous dire que tout allait s'arranger, que maman allait très vite
revenir à la maison ? Cette promesse ce fut une voix, un murmure
survenu après les cris des policiers, les cris de grand-mère et
d'Alice. Survenu après les pleurs d'Amanda, enfant de cinq ans
cramponnée à son ours en peluche. Cette promesse... une bouche
qui avait déposé un baiser sur son front "tout va s'arranger", une
main qui avait remonté le drap, reposé le nounours tombé à terre
au creux de ses bras "tout va s'arranger." Un corps qui avait
emporté la peur de la nuit avec lui. Et depuis Amanda avait attendu,
toutes les autres nuits, que le miracle se renouvelle, peut-être.
Quelle voix, quelle bouche, quelle main avaient été capables de
faire ça ? Etait-ce vraiment Claudia ? Qui d'autre, de toute façon ?
Alice a des ennuis : rien de plus que ces mots et la volonté
de sa fille Amanda pour reconstruire autour d'Alice les
amours, les amitiés, la solidarité de femmes dont les
chemins se sont séparés depuis quinze ans et qui suivent
l'adolescente, aussi, pour échapper à la vie grise et monotone
qu'elles se sont forgée après leur première arrestation.
Petit à petit, au travers de leurs souvenirs, de leurs
rêves, de leurs révoltes, ces femmes nous deviennent
proches et nous entraînent dans un monde d'indifférence,
Le monde, impitoyable à ceux - et surtout à celles - qui
ne possèdent rien. Rien d'autre que la rage, la violence
et... des trésors d'amour et de tendresse.