Nous pensons toujours ailleurs : notes sur la diversion

Dans son essai sur la diversion, Montaigne semble parler du monde
d'aujourd'hui et des structures subtiles de manipulation des consciences
qui le caractérise. La diversion se définit comme l'action de détourner,
elle s'applique aussi bien à l'individu en tant que donnée psychique
fondamentale qu'à la dynamique sociétale des rapports de force et de
pouvoir. En écho à Montaigne, les exemples et les témoins cités dans ces
Notes attestent de la pertinence du concept de diversion pour l'analyse
critique du présent.
Cet essai met en jeu une question abordée par Montaigne mais
négligée par la pensée théorique : comment la diversion peut-elle être
à la fois une méthode philosophique pour mieux vivre et un élément de
la mystification générale ?
S'il est vrai que nous pensons toujours ailleurs, comme dit Montaigne,
il importe d'établir que cet art de l'esquive permet aussi bien de se
protéger des coups que d'en porter. Dans la guerre perpétuelle qui tend
à devenir la règle de la civilisation marchande planétaire, la diversion joue
un rôle accru au sens militaire du terme. Les médias, la publicité, les
discours politiques et la culture sont au centre de ces processus
sophistiqués de détournement.
Mais la diversion est double, à la fois vecteur social de servitude et
agent mental d'émancipation. Elle est une clé qui peut servir aussi bien
à fermer le possible qu'à ouvrir sur l'ailleurs. Ces Notes visent à une
meilleure connaissance des pouvoirs de la diversion afin d'en favoriser
l'application créatrice.