Professeurs de désespoir

"Nous devenons schizos, mes amis. Dans le quotidien,
nous tenons les uns aux autres, suivons l'actualité
avec inquiétude, faisons tout ce qui est en notre
pouvoir pour préserver et renforcer les liens. En tant
que lecteurs ou spectateurs, au contraire, nous encensons
les chantres du néant, prônons une sexualité
aussi exhibitionniste que stérile, et écoutons en boucle
la litanie des turpitudes humaines. A quoi est dû
cet écart grandissant, à l'orée du XXI<sup>e</sup> siècle, entre ce
que nous avons envie de vivre (solidarité-générosité-démocratie)
et ce que nous avons envie de consommer
comme culture (transgression-violence-solitude-désespoir)
?
«L'homme est bon et mauvais, disait George Sand.
Mais il est quelque chose encore : la nuance, la nuance
qui est pour moi le but de l'art.»
La littérature contemporaine aurait-elle renoncé à
ce but-là ?"