Des maladies du travail. De morbis artificium diatriba : 1700

Ce médecin de Modène n'était certes pas un
médecin de Molière. Le lecteur d'aujourd'hui
découvre une démarche diagnostic étonnamment moderne et par certains égards toujours
en avance : c'est de l'Ecologie Humaine que
Ramazzini ressort comme le fondateur. Car s'il
est au départ question d'inventorier la subtilité
et l'énergie des effluves des différentes substances
susceptibles d'attenter à la santé des hommes,
il s'en dégage au final une réflexion véritablement systémique sur les tensions qui se
nouent dans la dynamique des situations
réelles entre le tempérament du malade , sa manière de vivre et le métier qu'il exerce . C'est donc
dans les boutiques des ouvriers qu'il ouvre son
laboratoire, dont les limites sont poussées aussi
loin qu'il lui faut pour rester pertinent. On
s'en doute, le paysage académique en est un
peu bousculé d' ajouter ainsi à l'interrogatoire
d'Hippocrate cette simple question, dont la
feinte innocence le dispute à la vraie nouveauté :
Quel est le métier du malade ?
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est
au moment où, sur fond d'Europe, se produit la
fantastique mutation de société que nous
vivons, liée en particulier à l'explosion des nouvelles technologies, dans tous les domaines de la
vie sociale et professionnelle, que Bernardino
Ramazzini, l'un des plus grands savants européens du XVIII<sup>e</sup> siècle, apparaît encore plus
grand et plus présent.
Le livre de Ramazzini nous apporte l'aventure humaine
d'un maître de la médecine profondément ému en constatant
que plusieurs métiers sont une source de maux. Il visite les lieux de travail pour fournir les moyens de guérir et de prévenir les maladies qui attaquent les ouvriers. A tout ce qu'un médecin doit connaître d'un
malade, il faut ajouter : Quel métier fait-il ?.
Nous découvrons avec lui le petit monde attachant et tragique des travailleurs de la république de Venise, au début du
siècle des Lumières. Nous suivons un exposé, patient, sans dogmatisme, métier par métier, sans oublier laboureurs, nourrices,
athlètes, marins, soldats...
La méthode reste un modèle de bon sens. Le premier cas
qui va entraîner tout le livre commence par une rencontre fortuite avec un vidangeur atteint de blépharo-conjonctivite. Une enquête révèle la gravité du pronostic. Très probablement il faut incriminer les vapeurs stercorales qui noircissent les pièces de monnaie. A une époque où on ne savait pas identifier les gaz, cela suffit pour proposer des mesures curatives et préventives.
La clarté du texte permet parfois de compléter un diagnostic. Souvent une note d'humour, une digression pittoresque, une
citation ancienne retiennent l'attention.
Ceux qui sont indifférents aux misères des travailleurs sont
égratignés, qu'ils soient « Grands », confrères, voire magistrats. La
religion, les croyances populaires ne sont pas épargnées.
Cette recherche systématique des nuisances pour en prévenir les méfaits, place Ramazzini au premier rang des initiateurs
de la médecine scientifique. Il est le précurseur incontesté de la
médecine du travail. Mais il est plus qu'une référence : ce livre est
d'un bon écrivain, que de Fourcroy nous permet d'apprécier, et
d'un humaniste au sens le plus complet. Il a toujours sa place
dans la culture de l'homme d'aujourd'hui.
Parmi les pionniers de la Médecine du Travail,
Bernardino Ramazzini est l'un des plus grands.
Son livre sur les maladies du travail publié en
1700, bien avant l'ère industrielle, montre combien il est essentiel pour l'homme au travail de
bénéficier du regard du médecin, analyste critique et thérapeute original des risques et des
contraintes du travail. Il a ouvert le chemin que
devaient tracer ensuite la médecine d'entreprise puis, après 1946, la Médecine du Travail en
France. A travers le temps sa démarche reste et
restera toujours exemplaire pour nos médecins
du travail.
Synthèse des connaissances passées confrontées aux réalités du temps, tel est ce livre qui
définit pour la première fois, à l'aube du XVIII<sup>e</sup> siècle, des centaines de maladies liées à l'exercice d'un métier, mais aussi parfois à la vie dans le
voisinage d'une entreprise. Pour limiter la morbidité et la mortalité, l'auteur propose des soins
variés, mais insiste aussi sur la prévention, tout
en sachant qu'une des causes fondamentales est
l'excès de travail.