Le lettrisme, la création ininterrompue : complément à Pour une histoire du lettrisme de Mirella Bandini : précisions sur les fondements lettristes et plus particulièrement sur le concept de société paradisiaque

Les peintres du passé ont dédié leur vie entière à la forme
qu'ils venaient de découvrir. Ils ont tous, souvent, toute leur vie,
travaillé le même concept esthétique, sans songer un instant à tenter
un prolongement à leurs premiers travaux. La découverte d'une
structure nouvelle s'effectuait seulement dans un domaine et sur un
plan bien particulier. Les créateurs négligeaient les autres disciplines
se satisfaisant de leurs imperfections.
La recherche de styles neufs dans les arts et précisément dans la
peinture, jusqu'à 1945, ne reposait que sur des constructions de
spécialisation. Actuellement, grâce à l'école permanente, issue de la
Créatique, pour la première fois dans l'histoire de l'art, un mouvement
culturel suscite un enchaînement de créations et ne relève
plus de l'exploitation d'une spécialisation unique.
En cinquante ans de recherche, le mouvement lettriste a
défriché les fondements créateurs de l'humanité et montré son but
paradisiaque, enfin concevable, vers lequel, Isidore Isou et ses principaux
adeptes ont progressé d'une manière significative. Jamais au
cours de l'histoire on n'a prospecté, exploré, autant de territoires
neufs, avec une telle rigueur dans l'essence même de ces domaines, en
un si petit nombre d'années.