Les villes et le roi (v. 1440-v.1560) : les municipalités de Bourges, Poitiers et Tours et l'émergence de l'Etat moderne

Situées au coeur de la France royale, capitales du royaume de Charles VII au
plus sombre de son histoire, les villes de Bourges, Poitiers et Tours
constituent des exemples privilégiés pour comprendre comment à la fin de la
guerre de Cent Ans se redéfinit la relation des sujets à leur souverain seigneur. C'est
alors un modèle original de bon gouvernement du royaume qui apparaît et caractérise
l'extrême fin du Moyen Âge et les premières décennies des Temps modernes, jusqu'à
la veille des premiers conflits religieux. Loin de l'autoritarisme royal dont la vision a
alimenté toute une historiographie, cette étude montre que les relations
qu'entretiennent les corps de ville et le roi dépassent le cadre d'un simple «accord
parfait» car se crée un espace politique dans lequel les pouvoirs municipaux et royaux
se répondent, interagissent dans des négociations constantes et un dialogue ouvert. Au
tournant des XV<sup>e</sup> et XVI<sup>e</sup> siècles, au-delà d'une entente cordiale, le chemin singulier de
la politique municipale croise celui du pouvoir royal et, selon une convergence
d'intérêts bien gérée, cette rencontre conduit à la construction respective et
complémentaire des autorités royale et municipale. Il s'agit là d'un des aspects du lent
processus qui concourt sans rupture apparente à la mise en place de l'État moderne et
travaille à l'émergence d'une souveraineté acceptée, sinon partagée.
C'est par l'étude de la vie municipale au quotidien que l'on pénètre ici au coeur des
processus décisionnels. Basée sur de longues séries documentaires complémentaires
(registres de délibérations, registres de comptes des deniers communs...) qui
permettent une approche comparative, l'analyse considère ces sources dans leur
globalité et pour ce qu'elles sont à savoir les témoins d'une activité politique. Les
thèmes explorés sont alors d'autant plus variés que les champs de l'action municipale
se multiplient. Ils montrent surtout que les rapports avec l'autorité souveraine
dépassent souvent les relations officielles entre un seigneur et ses sujets (relations
fiscales, législatives, et accueils solennels) et doivent tenir compte tout autant des
carrières individuelles, des dynamiques locales, des modes de gouvernement urbains
comme royaux, ou encore des rites collectifs qui concourent à l'adhésion politique. Il
s'agit aussi de comprendre en quoi des conditions de terrain à la fin de la guerre de
Cent Ans (recherche de la paix et sécurisation du pays) sont les vecteurs principaux
d'une recomposition politique dans laquelle les corps de ville jouent un rôle important.