Economie politique (L'), n° 38

L'affaire récente du Liechtenstein a eu le mérite de clarifier
la position du gouvernement actuel face aux paradis
fiscaux. Ou en tout cas celle d'Eric Woerth, notre ministre
du Budget, qui paraît fermement engagé dans le combat
politique contre les paradis fiscaux.
Eric Woerth se propose de porter l'attaque à trois niveaux.
D'abord, au niveau national. Par un renforcement des pouvoirs
de police du fisc et par la possibilité qu'il aurait d'obtenir
de Tracfin, l'administration qui lutte contre le blanchiment
d'argent, des informations pouvant l'intéresser.
Deuxième piste d'action, le niveau européen. Woerth, en
accord avec son homologue allemand Peer Steinbrück,
souhaite que l'échange d'informations entre administrations
fiscales devienne obligatoire et que la directive
européenne sur l'épargne puisse s'appliquer non plus
seulement aux placements traditionnels des individus,
mais touche également les personnes morales, type
trusts, etc., ainsi que les instruments de placements
financiers plus sophistiqués comme les produits dérivés,
l'assurance-vie et tous les produits «innovants» inventés
par les petits génies de la finance.
Enfin, troisième niveau d'action, à l'international, dans
le cadre de l'OCDE, le club des pays les plus riches. Eric
Woerth veut réanimer la politique publique des listes
noires de territoires à montrer du doigt et initier dans le
même temps une réflexion sur les sanctions à appliquer
aux pays qui ne suivraient pas la règle du jeu.
La lutte contre les paradis fiscaux est aujourd'hui l'un
des éléments clés de la régulation de la finance internationale.
Il est bon de savoir que la France cherche à y
participer activement.
Christian Chavagneux