Les pionniers de Saint-Sauveur : la colonie agricole du Médoc pour les enfants trouvés, 1844-1869

La société française du XIX<sup>e</sup> siècle, éprise de progrès technique, ne sait comment
traiter le douloureux problème des enfants sans famille, orphelins ou abandonnés
à la naissance. Quelques belles âmes bordelaises, comme l'abbé Pierre Buchou,
proposent des solutions. En 1844, paraît dans le paysage de la charité girondine un
personnage singulier, qui ne craint ni de se retrousser les manches, ni de se salir
les mains en retournant la terre : le frère Félix Lemasson, de la Société des Frères
agriculteurs de Saint François d'Assise.
Avec lui débute l'aventure de la colonie agricole d'enfants trouvés du Médoc. Ce
petit livre en raconte l'existence éphémère : chance pour la plupart des garçons qui
l'ont fréquentée de se faire une place honorable dans la société ? La colonie s'est
fixée à Saint-Sauveur de Médoc en 1852.
On comprend, en évoquant ici et là la vie de quelques garçons, que le petit
établissement agricole du frère Félix résonne, en Médoc, de la vigueur de débats
«politiques» qui agitent la société française de la Restauration et du Second Empire.
On lira comment, pendant une vingtaine d'années, l'existence même de la colonie
pose aux notables petits et grands de la presqu'île la question des réticences devant
le progrès agricole, de l'utilité de l'instruction pour les paysans, et de la «prévention
des conduites à risque» (comme on dirait aujourd'hui) chez les jeunes gens. Autant
d'interrogations dont certaines ont encore un écho très... contemporain.