Il s'appelait Philippe : un entrepreneur au pays de la noix

«Mais Philippe ne veut pas d'un moulin à huile. Ce n'est ni le
liquide onctueux et doré ni le bois chaud aux nervures blondes qui
l'intéressent, mais le fruit qui nourrit alors dans les fermes
invariablement les animaux et les hommes quand on ne l'a pas
pressé. Il veut le vendre entier, ou cassé, et surtout conditionné,
emballé, présenté comme il l'a vu faire pour d'autres
marchandises à Paris dans les Grands Magasins. Il veut
l'exporter, l'envoyer dans d'autres pays où le fruit n'existe pas ou
pas encore, et où l'hiver, dans les brumes du Nord, il sera prisé
comme un dessert de choix exotique, puisqu'il n'y pousse pas. Pas
plus qu'il ne pousse sous le soleil torride du Sud de l'Europe,
comme l'Espagne où les terres arides et sèches ne lui fournissent
pas l'eau fraîche des ruisseaux et des rivières qui irriguent ses
courtes racines. Il se souvient sans doute des mouvements observés
sur les quais des ports d'Afrique et d'Asie lors de son service
militaire et de ces négoces de Blida, où des couffins d'oranges
partaient par bateaux entiers pour le continent»...