Sarah Bernhardt : l'art et la vie

Fille et nièce de «demi-mondaines» fameuses à Paris,
Sarah Bernhardt (1844-1923) n'a jamais connu son père.
Elle montre d'abord peu d'enthousiasme pour le théâtre : à
quinze ans, elle voulait se faire religieuse ! Pourtant, en
1860, elle est reçue au Conservatoire grâce à la protection
du duc de Morny, fidèle habitué du salon maternel.
Un premier séjour à la Comédie-Française ne lui apportera
que des déceptions. C'est à l'Odéon, dans une bien meilleure
ambiance de camaraderie, qu'elle apprendra véritablement
son métier, entre 1866 et 1872. Zanetto du Passant , puis la
Reine de Ruy Blas lui vaudront ses premiers triomphes. Elle revient «chez
Molière» en vedette, est nommée sociétaire en 1875 - mais s'enfuit définitivement
en 1880, pour accomplir une immense carrière internationale.
Parmi ses innombrables interprétations, toutes plus étonnantes les unes que
les autres, il faut citer l'Aiglon, la Dame aux camélias, la Tosca, Théodora,
Fédora, Adrienne Lecouvreur, Phèdre, Hamlet, Lorenzaccio, Jeanne d'Arc,
Marie-Antoinette, la Reine Elisabeth ou encore Athalie...
Peintre, sculpteur, écrivain, directrice de théâtre, metteur en scène, toujours
languissante en apparence mais débordante de vitalité, elle mène une existence
particulièrement libre, surtout pour son époque, et inspire de violentes
passions. Mais elle se donne d'abord à son public, qui l'adore et lui
passe toutes ses fantaisies et ses excentricités.
Grande voyageuse, elle multiplie les tournées dans le monde entier et
conquiert l'Amérique après l'Angleterre - quand elle ne se repose pas dans
son fort des Poulains à Belle-Ile.
Celle qui fut la plus célèbre comédienne française de tous les temps et
demeure un véritable mythe triompha par l'autorité, la présence, le magnétisme
- mais surtout par l'absolue maîtrise d'une technique vocale et gestuelle
difficile, héritée de la grande tradition classique : sans être douée de
moyens extraordinaires, elle sut utiliser la douceur de sa voix en donnant à
sa diction mélodieuse un charme pénétrant, auquel elle joignait un sens
presque divinatoire du rythme et des attitudes, un soin minutieux de la
mise en scène, des décors et des costumes. Elle construisit sa carrière de
«star» avec un génie de la publicité très en avance sur son temps.