Montaigne au château de Gournay

Au milieu de la cinquantaine, Montaigne rencontre une jeune femme peu
ordinaire. Elle a lu les Essais comme personne et n'a que vingt-deux ans. Elle
habite un château en Picardie et s'appelle Marie Le Jars de Gournay.
Audacieuse, cette lectrice éblouie, mais critique, invite celui qu'elle admire à
venir passer chez elle l'été 1588. L'écrivain accepte. Sur place, il découvre une
interlocutrice tellement brillante que, malgré son jeune âge, il la désignera
comme son héritière spirituelle. C'est tout dire. Qu'ont-ils pu cependant se
confier un soir dans une pièce de l'ancestrale demeure ? En fait, on conçoit
presque aisément leurs discussions allègres roulant sur les grands thèmes que sont
la maladie, la religion, le corps, l'histoire, la sexualité, l'écriture, le voyage...
Chaque fois sans doute s'agissait-il, comme ici, d'une conversation à bâtons
rompus, à couteaux tirés, profonde, drôle, évidemment datée mais
éternellement actuelle ou, encore, vaine et nécessaire.
Bref, on se figure leurs masques facétieux autant que leur nudité désarmante. En
un mot : on s'imagine leur théâtre.