Aventure(s) : colloque, Pôle universitaire de Bordeaux, 10 et 11 mars 2006

Et si l'aventure était devenue un concept ?
Lire ensemble ces articles, issus de communications
présentées lors du colloque organisé par le Groupe d'Etudes
et de Recherches Britanniques au Pôle Universitaire de Bordeaux en
février 2007, équivaut à faire l'expérience inattendue d'un
déplacement, d'un piratage identitaire : l'aventure refuse de se situer
où l'on croit, elle échappe à ses contours familiers, et les grands
auteurs du roman d'aventure britannique, ainsi que les grands
explorateurs anglais, sont délogés par des héritiers improbables, par
des aventuriers inédits.
Alors que l'on aurait pu s'attendre à ce que soit minutieusement
exploré un genre très bien balisé, l'aventure se déterritorialise et
renonce à ses topoi classiques : plus d'îles désertes, plus de coffres à
déterrer, plus de pirates, sinon les auteurs eux-mêmes, qui parodient
et évident un genre désormais suspect, compromis dans le
colonialisme. Au terme d'une véritable mise en accusation littéraire,
d'un pillage en règle de ses codes et de ses événements typiques,
l'aventure, exsangue, honteuse, est pourtant autorisée à faire retour
comme pure forme, elle devient paradoxalement, au tournant du
siècle, une sorte de solution moderne, une ligne de fuite qui permet
d'échapper au système réaliste. L'avènement contre l'événement, la
suspension contre le suspense, le devenir permanent contre la
fixation des identités : l'aventure, examinée désormais au singulier,
libérée de ses contenus typiques, dénaturalisée, devient la promesse
d'une forme idéale, d'un récit véritablement aventureux. Dans ce
recueil, le voyage s'effectue dès lors au centre du récit, et l'aventure
se conjugue au présent, dans la conceptualisation d'une liminalité,
dans la recherche d'un état perpétuel d'imminence.