La révolution des mouvements : gymnastique, morale et démocratie au temps d'Amoros : 1818-1838

Le XIX<sup>e</sup> siècle voit naître la gymnastique moderne. En France, dès
les premières années de la Restauration, Francisco Amoros, réfugié
espagnol chassé de son pays pour y avoir occupé d'importantes fonctions
dans le gouvernement de Joseph Bonaparte, présente une méthode qui
connaît un certain succès. Celle-ci, qui associe des mouvements simples
et analytiques à des chants moraux, avant d'éprouver l'adresse et la force
des élèves lors d'exercices plus acrobatiques, trouve, au sein du gymnase
normal, militaire et civil de Grenelle, un terrain d'application exemplaire.
Résolument originale et moderne, mais surtout constitutive d'un projet
politique libéral, elle s'y déploie tel un produit des Lumières et des
idéaux de la Révolution française, tel un écho à la Déclaration des Droits
de l'Homme et du Citoyen. A ce titre, elle doit être vue comme une
véritable révolution des mouvements qu'Amoros organise à partir d'une
redéfinition des rapports du physique et du moral et d'une conception
naturelle de la morale, inspirées du discours des idéologues. Bases sur
lesquelles le gymnasiarque peut la présenter comme un outil essentiel des
projets éducatifs faisant reposer tout espoir de réforme sociale sur une
réforme de moeurs. Ainsi conçue, la gymnastique amorosienne révèle sa
fonction essentielle : édifier un homme nouveau, un citoyen moderne et
vertueux, seul capable de rendre pensable l'instauration durable d'un
ordre démocratique.