Chez les Thomas, on est très famille

«Elle imagine la queue aux taxis, la bousculade dans le métro et la force
lui manque. Elle entre dans le premier café, se laisse tomber sur la banquette
et commande un grog. Elle ferme les yeux et pense à l'appartement
qui l'attend, obscur et silencieux. Pour la première fois, elle n'a
pas envie de rentrer chez elle. Pour la première fois, elle sait qu'elle
est seule.»
Dans chacun de ces récits brefs, filles, femmes, épouses, veuves
ou mères voient leur vie se craqueler sous l'effet de la désillusion.
Parfois, c'est un drame qui bouleverse leur existence : un divorce,
la mort, la guerre. Parfois, c'est un imperceptible sous-événement :
souvenirs insensiblement détournés, mots banals qui résonnent,
bruyantes disputes d'enfants. Toujours, c'est l'inattention de leur
entourage qui provoque leur misérable révolution : l'égoïsme
d'un frère, l'impatience d'un amant, la négligence d'un mari, la
déception d'un père... Toutes ces désillusions dont l'auteur décrit très
justement la cruelle mécanique.