Louis XIV comte de Nice, étude politique et institutionnelle d'une annexion inaboutie (1691-1713)

A l'occasion des guerres de la ligue d'Ausgbourg
et de la succession d'Espagne, Louis
XIV se rend, par deux fois, maître du Comté
de Nice, possession du Duc de Savoie. Cette acquisition
s'effectue en réaction à la politique versatile de
Victor-Amédée II, qui au commencement de chaque
conflit, rompt promptement son alliance avec la
France pour rejoindre le camp ennemi. En raison des
rétrocessions officielles des traités de Turin (1696) et
d'Utrecht (1713), ces périodes sont, le plus souvent,
qualifiées «d'occupations». Mais l'emploi de ce mot n'est pas sans conséquence :
il implique que le «Roi-Soleil» s'est emparé momentanément de Nice, avec l'intention
de ne se substituer que pour le temps des conflits à l'autorité de la Maison
de Savoie. Enfermée dans cette définition, la présence française ne présente aucun
impact politique réel, car elle n'a pas pour objectif de perdurer. Or différents éléments
attestent de la volonté du souverain français d'y exercer définitivement son
autorité. A deux reprises, le Sénat rend désormais la justice au nom de Louis XIV
devenu «Comte de Nice». Après chaque invasion, le Roi de France utilise les techniques
éprouvées par le passé pour assimiler une province étrangère. Pour ce faire,
les Niçois doivent se soumettre à différentes obligations : l'accueil de commissaires
de Roi, l'organisation et la prestation d'un serment de fidélité, l'installation et
l'entretien des troupes aux frais de la population. Par l'établissement d'une autorité
d'ailleurs modérée, Louis XIV réussit surtout à rattacher au niveau judiciaire et
fiscal le Comté de Nice au royaume de France, sans susciter pour autant l'hostilité
des habitants. Mais les deux fois, le souverain français est finalement contraint à
une rétrocession en faveur de Victor-Amédée II. Les négociations de paix mettent
un terme à cette tentative d'assimilation politique, judiciaire et administrative, en
permettant le retour des Niçois sous domination de la Maison de Savoie. A l'issue
du premier conflit, et plus encore du second, la France n'a plus les moyens humains
et financiers pour se faire reconnaître l'annexion du Comté de Nice par le concert
des nations européennes.