Le cauchemar médiatique

Quel point commun entre «Loft Story», l'insécurité, les
réseaux pédophiles, les livres L'Effroyable Imposture ou La Face
cachée du Monde ? Tous ces sujets ont créé des emballements
médiatiques, de passagères bouffées de folie, ces moments où
chacun peut délirer puisque tout le monde dit n'importe quoi.
Les trains, les stades, les écoles, sont des coupe-gorge, nous
répéta-t-on pendant toute la dernière campagne présidentielle.
Et nous le crûmes. En tout instituteur sommeille un pédophile,
nous répètent mille rumeurs. Et nous tremblons pour nos
enfants. Aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone, nous
annonce Thierry Ardisson. Et, stupéfaits, tétanisés, nous nous
sentons prêts à le croire. Souvenons-nous de ces moments de
stupeur où se mêlent terreurs, euphories, dépressions, et un
trouble consentement.
Succédant à de longues périodes d'omerta et d'autocensure,
ces transes modernes rassemblent des ingrédients communs.
On y croise les mêmes personnages d'Ogres et de victimes,
de justiciers et de naïfs, de manipulateurs et de complices. On
est victime de sombres complots. On ressent dans sa chair
l'effondrement des anciennes certitudes, des anciennes protections.
On y perd ses repères, son sens critique, et jusqu'à
son identité. Omerta, emballement : telles sont les deux étapes
infernales du cauchemar médiatique.
Le premier but de ce livre est d'apprendre à repérer ces situations
de cauchemar, première manière de ne plus en être victime,
et de s'en dégager. Producteur de l'émission «Arrêt sur
images» sur France 5, chroniqueur de télévision au Monde ,
débusqueur des raccourcis, des manipulations et des délires
médiatiques, Daniel Schneidermann met à profit son expérience
pour analyser quelques cauchemars récents (y compris celui
dont son journal a été récemment le sujet). Sans exonérer les
téléspectateurs, les citoyens - à commencer par lui-même - de
leurs propres emballements.