Si je t'oublie Marrakech...

«Jemaa el-Fna à Marrakech... Bruits, odeurs et bousculades... Depuis ma
mise en retraite anticipée, je ne cesse de fréquenter cette place, et ce soir,
à force de regarder les jeux des musiciens et des danseurs et d'écouter les
contes des prédicateurs, je voudrais moi-aussi m'installer là, dans cette esplanade
magique qui me rappelle mon enfance et que je préfère à toutes les
autres, pour donner une ou deux représentations. Tiens ! en face des gargotiers,
mais loin de ces charmeurs de serpents qui me répugnent plus qu'ils
ne m'impressionnent. J'aimerais moi-aussi, après les bénédictions d'usage,
héler badauds et touristes pour leur raconter..., mais quoi ? Ma vie, il n'en
est pas question, personne ne me croira, on me prendra pour un de ces fous
qui habitent les secrets intimes de cette ville cent fois infâme ! Hé vous !
oui vous, venez par ici, venez écouter les hurlements que faisait le vent du
désert quand il raclait les sommets enneigés du Toubkal ...!»
Le poète de Marrakech est un roman plein de passion et de générosité. Il
raconte la confrontation polyphonique entre un ancien tortionnaire des années
de plomb et le père de l'une de ses victimes. C'est un roman très dur, à
l'image de la souffrance de Fadel, exaspéré par l'indifférence et la montée
de la corruption et des extrémismes.