Les usages de la servitude : seigneurs et paysans dans le royaume de Bourgogne (VIe-XVe siècle)

Le Dauphiné, la Savoie et la Suisse romande forment le coeur du royaume
de Bourgogne, qui remonte originairement à l'installation des Burgondes
au V<sup>e</sup> siècle et dont le souvenir s'est conservé jusqu'à la fin du Moyen
Âge. Malgré les bouleversements que ces régions ont pu connaître dans
l'intervalle, les sources y font constamment référence au clivage entre les
hommes libres et les hommes asservis.
Le royaume de Bourgogne est donc un terrain d'observation privilégié
pour considérer les avatars successifs de la servitude au long du millénaire
médiéval et pour proposer une réponse à la question controversée des
origines et de la nature du servage. À l'esclavage encore codifié dans les
lois burgondes succède en effet le servage, dont on peut faire remonter
les origines au VIII<sup>e</sup> siècle. C'est une servitude nouvelle dont l'esclavage
est le modèle plutôt que la source, et qui consiste à considérer dans
certaines circonstances que les paysans sont la propriété du seigneur dont
ils dépendent.
Car les seigneurs utilisent dorénavant le vocabulaire et le droit de la
servitude en les appliquant à des réalités qui ne sont plus celles de l'esclavage.
Aux X<sup>e</sup>-XII<sup>e</sup> siècles, le servage a pour fonction de répartir et hiérarchiser
leurs droits de juridiction sur leurs dépendants. À la fin du Moyen Âge,
il leur sert surtout à limiter, imparfaitement d'ailleurs, l'érosion des
revenus seigneuriaux.