Communication & langages, n° 187. Lectures de la caricature : signes, objets et pratiques

Une caricature faite dans les langues de la laïcité, de la liberté
d'expression, de l'universalisme républicain, de la culture de la
démocratie, demande des compétences pour l'interpréter. C'est
l'objet de ce dossier. Pourquoi les intelligences de la caricature, ses
jeux, ses distances, ses transgressions, peuvent-ils être entendus
comme des profanations ? Comment la caricature, partagée par
un lectorat habitué aux promesses de la politique éditoriale du
média qui la publie, se trouve-t-elle projetée dans les arènes
mondialisées, et circule-t-elle entre différentes communautés de
croyance ?
Ces questions malheureusement portent en elles une gravité,
sinon une tristesse et l'expression d'un deuil, celui des auteurs de
Charlie Hebdo assassinés au nom de dieu.
Les caricatures sont souvent de petits exercices de profanations
créatives, où les discours marchands, les discours politiques, les
discours religieux font l'objet d'une saine provocation. Mais ces
exercices de démocratie sont inaudibles pour ceux qui par intérêt
politique se déclarent depuis les territoires d'une théocratie, ou
pour ceux qui n'ont jamais pu apprendre à entendre et produire
les voix de la subversion et de l'émancipation.
Ce dossier, «Lectures de la caricature», est pris dans le débat de
l'interdisciplinarité où l'histoire, l'anthropologie, la sémiologie et
la sociologie viennent dire et analyser comment circulent et font
sens les textes et les images au sein des sociétés. La caricature
travaille généralement à rebours du naturel, de l'évidence, et des
usages conventionnels de l'information et de la communication.
Elle travestit, met à nu, tord, déforme graphiquement des traits
qui étaient partagés dans le confort des normes sociales. Certes,
la caricature peut devenir un objet de propagande. Mais elle
est essentiellement l'expression vivante de nos libertés et des
combats qu'il faut mener pour les préserver.