L'ingénieur moderne au Maghreb (XIXe-XXe siècles)

Au Maghreb, la figure de l'ingénieur moderne est née dans la première
moitié du XIX<sup>e</sup> siècle. Les souverains tunisiens d'abord et marocains ensuite
ont fait appel à des experts étrangers pour mettre en place les réformes
administratives et techniques qui devaient leur permettre de rivaliser avec
l'Europe conquérante. Mais au bout du compte, ces efforts de modernisation
se sont révélés insuffisants pour empêcher la France coloniale de prendre pied
au Maghreb.
La colonisation va constituer un frein à l'industrialisation des pays conquis
et donc à l'accroissement du nombre d'ingénieurs. Au fondement du
pacte colonial, on trouve l'idée qu'il est indispensable de ne pas créer de
concurrence aux industries françaises et que les colonies doivent se spécialiser
dans la production de denrées agricoles destinées à la métropole. Les quelques
ingénieurs «indigènes» voient leur possibilité de carrière réduite au profit des
ingénieurs coloniaux issus de la métropole.
Avec les indépendances, les problématiques changent. Il s'agit désormais
pour les pays nouvellement indépendants de remplacer les ingénieurs français
par des cadres techniques nationaux et de mener un développement industriel
planifié par un État qui va rapidement devenir le premier employeur des
ingénieurs. À partir des années 1980, la majorité des économies arabes entre
dans un cycle nouveau. La figure dominante de l'ingénieur d'État entre
en crise alors que les pays du Maghreb mettent en place des programmes
d'ajustement structurel. Aujourd'hui, la libéralisation de l'économie modifie
les pratiques professionnelles et entraîne de nouvelles segmentations dans
la profession.