L'échafaud

Critique littéraire, M.Céraste n'écrit pas, il scalpe.
D'un livre, il ne considère que la faille. Si
l'ouvrage est sublime, il s'en prend à l'auteur,
lequel ne peut l'être. Il tasse mille cruautés en trois
petites colonnes. Chaque semaine, il trucide un
nom, un titre, ainsi qu'un éditeur par la même occasion,
avec un tel bonheur d'expression, une telle
jubilation carnassière, que ses lecteurs applaudissent
au massacre en pleurant de rire. Il apporte la
preuve, si besoin était, que la rancoeur, la haine, la
mauvaise foi, revigorent une plume, et déterrent,
dans la jungle des mots assassins, des trésors.
Sa chronique est un poteau d'exécution.
D'ailleurs, tous ses articles sont signés L'Echafaud.
Avec Carmélia , Gérald Duchemin donnait
la parole à une vieille mansarde acariâtre. Dans
L'Echafaud , il met en scène un critique littéraire
qui, vrai Mozart de l'éreintement, décapite les oeuvres
à tour de bras. Ainsi, année après année,
M. Duchemin aggrave son cas. Malgré l'inquiétude,
et les avertissements répétés de la proche
famille, son éditeur refuse de le soigner.