De source et de sable : Alger 1958-1961

Entre la rumeur d'une rue parisienne et les cris des foules
qui remontent d'un passé algérien, on entend surtout trois
voix dans ce roman-récit : le narrateur, professeur puis soldat,
venu de Métropole, anti-héros par choix, remâchant ses indécisions,
ses démissions et le gâchis d'une guerre sale, acteur
et spectateur dans une tragédie qu'il n'a jamais su maitriser ;
son vis-à-vis plus âgé, dans ce café qui les réunit dix ans après
leur dernière rencontre en Algérie où il est né, professeur
d'arabe, témoin que la narration mue en révélateur d'évènements,
de vérités historiques et de conscience ; une absence
obsédante, Tala l'institutrice, l'amie algérienne - pour ne pas
dire l'Algérie elle-même - source de vie et volonté d'indépendance,
victime expiatoire écrasée entre deux massacres.
Trois voix, pour l'essentiel, mais que séparent deux
temps écartés par plus de dix années et deux typographies à
rôle constant : l' italique dévolu au présent du dialogue entre
le patos et le pied-noir et aux réflexions intérieures d'après-coup,
et, propre au seul narrateur, le «romain» d'un vieux
monologue enfoui, à la fois refusé et obstiné, secret quoique,
parfois, partagé et qui se fait aveu autant qu'accusation. Ces
voix entrecroisées instruisent le procès des responsables
d'une guerre sans nom qui n'a servi qu'au malheur de tous. À
travers elles et les silhouettes, les gestes et les paysages
qu'elles animent par leurs mots, les souvenirs parviennent à
sourdre, difficilement, douloureusement, des sables de l'oubli.