Les victimes de Quiberon

L'auteur était certes placé pour bien voir : il partageait le
commandement de l'armée républicaine avec Humbert, Crublier,
Mermet, Cherin et Vernot-Dejeu. D'abord chargé par Canclaux
d'amener des renforts au jeune et brillant général Hoche, il
dirigea lui-même l'attaque du 16 juillet, après avoir improvisé
les fourneaux à boulets rouges qui devaient servir contre la flotte
anglaise. Le 19, il assistait avec Humbert et autres à la terrible
lutte qui se livrait entre les armées royalistes et républicaines ;
puis, aussitôt que le sort des armes eût décidé de la victoire en
faveur de Hoche, Lemoine reçut le commandement du Morbihan,
pendant que son général en chef prenait, avec douze bataillons
d'élite, la route de Saint-Malo.
«Révolutionnaire exalté, féroce par principe ou par besoin,
comme dit M. Crétineau-Joly, Lemoine se vit chargé de tout
l'odieux des jugements et des exécutions militaires.» Son témoignage
est donc d'une authenticité incontestable ; aussi croyons-nous
la liste qui suit intéressante à plus d'un titre, et nous la
transcrivons scrupuleusement.