Aimer Duras : Marguerite aux semelles d'eau et de vent

«Il se peut (qu'elle) ait vécu une existence tout à fait artificielle
dont elle n'avait que faire. Il se pourrait qu'elle soit une vagabonde en
vérité, une rocky de banlieue en vérité, sans foi ni loi, sans mariage
contracté, à dormir avec n'importe qui, n'importe où, à manger
n'importe quoi».
Marguerite Duras écrit sa douleur, son errance, sa prostitution,
«Comme une vague idée ce soir-là. Se faire entretenir, d'argent,
d'autos, d'amour». Dans la chaîne de l'Éléphant, elle chasse avec
son frère, pieds nus, dans une forêt qui pullule de serpents. Dans la
plaine de boue et de riz du sud de la Cochinchine, elle se nourrit de
poissons crus, de petits caïmans, d'oiseaux de mer. Elle transporte
avec elle des pratiques de pirate : instinct du ravissement, de la
capture, droit de la prise et droit de partir. «On est eau de la mer».
La petite avec son chapeau d'homme a pris modèle sur son frère
aîné, opiomane, voyou notoire, petit maquereau, vivant de combines
et de petits trafics... Toute sa vie est dans son écriture, «plus on est
quelqu'un dans les livres, moins on l'est dans la vie vécue».