Inspirations africaines

Pourquoi les masques et sculptures africaines ont-elles ce
pouvoir de fascination qu'il faut leur reconnaître ? Est-ce
du fait de leur extraordinaire diversité ? De l'invention
jamais prise en défaut de leurs auteurs ? Du sens inné
qu'ils semblent avoir aussi bien de la beauté que de la
laideur ou même de l'horreur ? Ce sont là de bonnes et
heureuses raisons. Cependant, ce serait rester à la surface
des choses que de se contenter d'une aussi rapide approche,
même si elle se trouve étayée par un grand nombre
de preuves, telles celles qui sont proposées dans cet ouvrage.
S'y découvre un sens étonnant de la forme, de la
composition : en vue notamment d'exalter le primordial,
en somme la vie, d'où l'insistance à représenter les organes
de la génération comme aussi la mise au monde de
l'enfant. S'ajoute la perception unanimiste d'un secret
qui tient entre les mots bien et mal : avec la volonté de
préserver l'un en écartant l'autre, d'où les figures repoussantes
destinées à chasser les esprits maléfiques, eux
dont, par contre, les visages cherchent à séduire. La présence
permanente d'un «invisible» qui peut être mauvais,
qui peut être bienveillant, donne à ces oeuvres - car
il s'agit d'oeuvres, si visiblement étudiées, dont certaines
visiblement portées par un élan créateur d'un dynamisme
dont on reste ébloui - une sorte de silence que l'on pressent
et qui laisse percevoir une conscience d'ordre mystique.
Ces sculptures sont à l'évidence le reflet d'une
conception complexe de l'univers.