Déluge

Où nous surprend le déluge ?
Un soir d'avril, au coin d'une rue, tout d'un coup,
le deuil tombe sur elle avec une violence d'orage. La
roue a tourné. A nouveau le deuil s'est déchaîné. Le
deuil pleure sans qu'elle y puisse rien. Sans mesure,
sans proportion. On n'a jamais vu autant de larmes.
Elles ne rencontrent pas de résistance. Cela ne
dépend pas de nous. Elles s'élancent. Nous, nous ne
voulons pas pleurer, mais le deuil n'écoute que ses
propres désirs, si puissants, si anciens. Une affliction
infinie emporte notre tragédie dans son déferlement.
Cent deuils se jettent dans ce deuil.
Non, ce n'est pas toi que nous pleurons, ce n'est
pas nous qui te pleurons, le deuil pleure en nous le
meilleur de nous-mêmes. Pleure l'éternité.
Le lendemain, les mêmes eaux donnent naissance.
Ce qui aura agonisé dans ce livre c'est le Deuil.
H.C.