La force qui nous manque

J'ai besoin de mouvement. Certains appelleront ça
de l'ambition. Le mot ne me fait pas peur. J'ai toujours
eu peur du moment où le réel vous assigne votre
place : vous êtes la bonne, vous êtes l'épouse, vous êtes
une mère, vous êtes une secrétaire, une juge puisque
vous êtes une obstinée, mais docile s'il vous plaît. Vous
avez l'âge de la retraite. Non, j'ai toujours bousculé cet
ordre-là.
J'ai soixante-trois ans. Et je n'ai jamais été aussi libre.
J'ai quitté la France. Je suis partie parce que je ne
voulais laisser à personne les moyens et le temps de
se venger. Au nom de la Norvège, dans les grandes
institutions ou dans les soupentes des juges de Nairobi
ou de New Delhi, je rencontre depuis cinq ans des
hommes et des femmes à la hauteur de leurs rêves.
La force nous manque trop souvent pour bousculer
l'ordre des choses dans notre vie ou dans les affaires
publiques. J'aimerais que ce livre soit pour ses lecteurs
ce qu'il a été pour moi : un petit traité d'énergie et d'orgueil
féminin.