SDF, l'obscénité du malheur

Tous les hivers, l'opinion publique est avisée par les médias
que des êtres humains, anonymement, meurent de froid et
de faim dans la rue. Comment peut-on en arriver là, en temps
de paix, dans un pays civilisé : mourir oublié, effacé, après
avoir vécu hors de toute organisation et administration
humaines reconnues ? Pierre Babin a voulu savoir, a voulu rencontrer
ces humains que la cité ne peut supporter que là où
l'on met les poubelles. Psychanalyste nomade, sans carte ni
bureau, il s'est aventuré dans ce non-foulé. Entre un psychanalyste
et quelqu'un qui pue et vocifère, qui incarne la part
maudite, que peut-il se passer ? Fausse rencontre ou vérité de
la rencontre ?
Ce vouloir-savoir qui veut pénétrer ces histoires d'exclusion,
ces histoires de «meurtre ordinaire», de terrorisme intime et
social, n'est pas seulement une affaire de psychanalyste. C'est
aussi une affaire de citoyen : l'affaire de quelqu'un qui partage
avec d'autres la vie dans la cité. Une question reste mais
peut-être pas sans réponse : comment traite-t-on son semblable
pour produire un SDF ?