Héliotropes

Ce livre propose une structure inspirée de la forme poétique
de la muwashshah pratiquée dans l'Andalousie arabe du Moyen
Âge, et notamment de sa kharja , «sortie» du poème résolue
par l'insertion de la voix d'un autre, d'une voix autre, pour
aborder dans le même geste la question de la «fin du
poème». Comment sortir d'un poème ? Comment un poème
peut-il parvenir à sa fin ?
Le thème du jardin déploie une réflexion sur les noms scientifiques
des plantes. Les noms savants des plantes, leurs noms
latins, ne sont qu'exceptionnellement prononcés, comme s'ils
prenaient leurs distances avec les langues parlées pour
demeurer dans une altérité irréductible.
En convoquant les noms propres qui n'ont jamais été appelés,
il s'agit de rendre leur place aux rangs de la nature, de les
décrire sans réduire la part d'incompréhensible qu'ils recèlent
afin d'en préserver la distance. «Je passe la parole à l'Autre» ;
cette formule caractéristique de muwashshah serait un bon
modèle pour réunir les questionnements proposés ici.