La Vénus d'Orignacie

Faire le rêve du tango de l'«Orignacien», c'est
espérer le prince ou plutôt l'artiste charmant dont les
baisers ornent les parois de la nuit, celles des plâtres
griffés des vieux plafonds et de leurs fissures,
surtout celles du ciel qui sculpte la grotte aux mille
mammouths à têtes de cumulus.
Orlane fait ce rêve quand elle s'allonge, nue, au
jardipré, les yeux sur le râble doré de la lune quand
le soleil jette l'ultime rayon de son flambeau ouvrant
le bal des ombres.
C'est pourquoi la belle Orlane affectionne les
amants, les vrais de chair : astrophysicien, pompier,
acrobate, grutier... car tous sont d'un même clan,
celui de l'espèce humaine, mais il ne peut y avoir
qu'un seul élu au palmarès «orignacien», et c'est
bien là le hic, l'addition d'amour brouille les pistes
dans cette quête d'un nouveau graal où Godot n'a
pas sa place. On y laisse des plumes et des poils.
On y meurt un peu parce que les histoires ont
toujours une fin, y compris quand elles se taguent de
préhistoire.