L'homme d'Aden

Au bout de la péninsule Arabique, entre ciel et mer,
le Yémen. Dans cette terre de légendes et de traditions
miliénaires, rien n'a plus d'importance pour les hommes
que l'honneur ; à l'exception de la femme peut-être. Et
quand celle-ci est occidentale... quand son visage n'est
pas dissimulé sous le voile et que vers lui convergent
tous les yeux masculins, alors la prééminente
dialectique des regards prend toute sa mesure. Car
c'est au travers de lui, du regard, de cette expérience
immédiate comme langage, qu'ici tout est régi. Pour la
narratrice, perméable, le regard peine à tromper. Il est
pour elle la preuve de l'intention de l'autre, tantôt une
révélation douloureuse de sa chosification, tantôt
l'heureuse confession de l'amour.
Nous sommes dans le hall. Abbas me regarde et Amal et
Muhammad et Kasim me regardent. Je suis l'étrangère. Je suis celle qui
a les yeux bleus. L'homme d'Aden, celui que j'ai regardé avec insistance,
ne me regarde pas, il parle avec son ami et avec Nabila, une jeune
Syrienne brune, non voilée. Je pense que je ne m'approcherai pas de
l'homme d'Aden puisqu'il ne me regarde pas [...].
Divergent, L'Homme d'Aden est un roman qui s'éloigne
des lieux communs, qui dément l'accommodante dichotomie
culturelle faite trop facilement entre le Moyen-Orient
et l'Occident, qui s'écarte vers des directions différentes,
qui pèse toute la commune mesure de l'humanité entre
les peuples tout en témoignant de la vaine tentative d'une
femme occidentale à vouloir incarner la femme arabe.