L'analyse du langage à Port-Royal : six études logico-grammaticales

La Grammaire et la Logique de Port-Royal sont prises dans un
contexte qui n'est plus le nôtre. Leurs auteurs recueillent les résultats
de la réflexion de leurs prédécesseurs, mais ils les infléchissent
en fonction des débats auxquels ils sont personnellement mêlés :
débats sur le cartésianisme, sur l'Eucharistie ou sur la Grâce. Comment
des oeuvres aussi datées ont-elles encore pouvoir de nous
intéresser ?
C'est sans doute que les Messieurs ne nous ont pas seulement
légué deux traités distincts, du reste appelés à servir d'oeuvres de
référence pour plusieurs décennies, mais une méthode d'analyse des
faits de langage. On essaie ici de reconstituer cette méthode dans
son unité, de discerner ses conditions d'application, de préciser quel
partage elle instaure entre les tâches de la grammaire et celles de la
logique, à quels obstacles elle se heurte, comment - et parfois au
prix de quels compromis - elle en vient à bout.
Du même coup se trouve mis en relief tout ce qui sépare dans ces
domaines l'âge classique et le nôtre. Aucun de nos formalismes ne
semble pouvoir rendre compte de manière convenable des intuitions
de Port-Royal. La référence constante des faits de langage aux
opérations de la pensée creuse la distance entre ces formalismes et
ces intuitions. Mais c'est justement cette distance qui rend intéressante
l'oeuvre des Messieurs : loin d'être simplement des précurseurs
malhabiles, ils ont voulu faire autre chose que nous ; c'est
pourquoi ils nous aident à prendre conscience de toutes les options
théoriques à travers lesquelles se sont formées nos procédures
d'analyse du langage.