La pensée-paysage : philosophie, arts, littérature

L'intérêt qui se manifeste depuis quelques années, en France
et en Europe, pour le paysage n'est pas une mode, ni même
un "phénomène de société". C'est un véritable fait de civilisation,
qui correspond à une évolution profonde des mentalités.
Le développement rapide qu'ont connu les sociétés et les
économies occidentales depuis la Seconde Guerre mondiale
s'est accompagné d'un exode rural, d'une urbanisation massive
et d'une dégradation de l'environnement qui pouvaient
donner à penser qu'elles avaient perdu de vue le paysage.
Or aujourd'hui, au moment où il semble ainsi menacé de
déclin, voire de disparition, le paysage fait l'objet d'un intérêt
renouvelé dans tous les domaines de la vie sociale, intellectuelle,
littéraire et artistique. Tout se passe comme si nos sociétés
avaient pris soudain conscience de la valeur des paysages
que leur croissance risquait de détruire.
Le paysage manifeste le besoin de renouer avec l'environnement
et l'expérience sensible. Mais il n'est pas que cela : il
donne à penser, et à penser autrement. Il nous propose, entre
autres choses, un modèle pour l'invention d'une nouvelle
forme de rationalité, que Michel Collot propose ici d'appeler
la pensée-paysage, et qu'il tente de définir et d'illustrer à travers
ses expressions philosophiques, artistiques et littéraires
contemporaines, en faisant dialoguer poésie et phénoménologie,
Orient et Occident, plasticiens et écrivains, tradition et
modernité.