Marie d'Auxerre

Marie Noël, née Marie Rouget, considérée comme le plus grand poète
catholique de son temps, n'aurait été qu'une femme ignorante des
choses de la vie dont la seule préoccupation, dès qu'elle s'éveillait,
était de ne pas manquer la première messe. La religion était son refuge
absolu. L'image est trompeuse. Car à côté des nombreux recueils de
poésie, elle a laissé une oeuvre en prose remarquable. Une oeuvre dans
laquelle s'exerce pleinement son ironie et ses qualités d'observatrice.
Et elle a signé une inégalable chronique de sa ville à laquelle elle s'est
totalement identifiée. D'où le titre de cet ouvrage consacré à une
femme meurtrie par l'existence, mais jamais résignée pour autant.
Après avoir mené son lectorat «de chansons en prières, de crèche en
croix», elle a ressenti le besoin d'ouvrir en quelque sorte le dialogue
avec celui-ci, de parler de ses doutes, de ses révoltes, de ses colères,
voire de ses engagements.
L'auteur de ce livre, qui ne se veut nullement une biographie, montre
ici que l'on a trop vite dissocié le poète du chroniqueur et du moraliste.
Après avoir évoqué Colette, sa tumultueuse compatriote de
Saint-Sauveur-en-Puisaye ( Colette la vagabonde aux éditions de
l'Armançon), Jean-Claude Charlet met aujourd'hui ses pas dans
ceux de celle qu'on appelait la chanteuse d'Auxerre que tout oppose
à la grande romancière, sinon le talent, un talent vanté tant par
Montherlant, Sabatier et Raymond Escholier que par l'Académie
française qui devait lui accorder son grand prix de Poésie.