Un procès de Moscou au cinéma : Le pré de Béjine d'Eisenstein

Un « procès de Moscou » au cinéma
Le pré de Béjine d'Eisenstein
En 1935, Eisenstein se voit offrir la possibilité de tourner un film - Le Pré de Béjine - et d'explorer un territoire nouveau pour lui : le travail sur le son, avec des acteurs professionnels incarnant les personnages singuliers d'un récit contemporain : la collectivisation des terres et la lutte contre les koulaks.
Prétexte du film : le meurtre de Pavlik Morozov, dont la propagande officielle va s'emparer pour glorifier une figure inédite de héros-martyr, celle d'un jeune pionnier qui privilégie les liens sociaux au détriment des liens familiaux.
Eisenstein transforme ce modèle de légitimation de la domination stalinienne en une tragédie à portée philosophique, qui reprend à son compte quelques grands motifs mythiques universels. Résultat : en 1937, le film est interdit pour « formalisme et mysticisme » et son auteur échappe de peu à l'arrestation, sinon à la mort.
C'est de cette « affaire » dont il est ici question, avec à la clé quelques questions relatives aux raisons esthétiques et/ou idéologiques de son interdiction : comment ce film est-il né et quelle logique conduira à sa disparition ?