La société biographique : une injonction à vivre dignement

L'histoire des individus - leur biographie - devient un élément de
plus en plus important dans la constitution des sociétés. De nouvelles
institutions prennent forme, des institutions douces que nous
appelons «institutions de la dignité». Les politiques sociales de
divers pays européens illustrent ce tournant. Celles-ci articulent
solidarité et responsabilité à nouveaux frais.
Un processus d'individuation reposant sur la transformation des
biographies individuelles en parcours sociaux se fait jour. Ce
processus porte en son centre une ambiguïté liée au caractère extrêmement
problématique du passage du récit privé au récit civil. L'investissement
par les institutions de ces qualités individuelles oblige
à changer notre regard sociologique. Elle oblige surtout à repenser
les institutions grâce auxquelles les individus peuvent se socialiser.
En effet, cette individualisation risque d'aggraver le développement
des inégalités sociales. L'institution de la dignité, de l'égale dignité
de tous les citoyens, est l'enjeu de la constitution d'une société tissée
de biographies.